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Acheter un bien immobilier au Brésil en tant qu’étranger : règles, audit et publicité foncière

L’immeuble urbain est ouvert aux étrangers sans restriction. Le foncier rural et la bande frontalière, non. Ce qu’il faut vérifier avant de payer et pourquoi l’acte ne vous rend pas propriétaire.

Bruno Machado

Bruno Machado

Avocat · OAB/SP nº 360.883

Mis à jour le

Un étranger peut acheter un bien immobilier au Brésil sans visa et sans y résider. C’est la règle, et elle est plus large qu’on ne le suppose souvent.

Mais un achat sûr ne s’arrête pas à cette règle. Il tient à trois questions : ce qui peut être acquis, le moment exact où la propriété est transférée, et ce qu’il faut vérifier avant de verser quoi que ce soit.

Que peut acheter un étranger sans restriction ?

L’immeuble urbain — appartement, maison, local commercial, bureau, terrain en zone urbaine — est ouvert aux personnes physiques étrangères sans restriction particulière. Il faut en pratique :

  • un numéro CPF brésilien, que l’on obtient depuis l’étranger via un consulat du Brésil ;
  • un passeport en cours de validité ;
  • la possibilité de signer en personne ou par procuration.

Rien de tout cela n’exige la résidence, et inversement l’achat d’un bien ne confère aucun droit au séjour. Il faut être net sur ce point : un immeuble est un immeuble, un titre de séjour est autre chose.

Qu’est-ce qui est restreint, et pourquoi ?

Deux restrictions structurent la matière.

Le foncier rural. La loi n° 5.709/1971 plafonne l’acquisition de terres agricoles par des étrangers : plafond par acquéreur, plafond cumulé pour l’ensemble des étrangers dans une même commune, et autorisation préalable dans certains cas. Point essentiel : ces limites s’appliquent aussi à la société brésilienne contrôlée par des étrangers. Constituer une société au Brésil ne permet pas de les contourner.

La bande frontalière. La bande de 150 kilomètres le long des frontières terrestres relève de considérations de sécurité nationale et les opérations y sont soumises à des autorisations administratives particulières.

Ces deux points se vérifient avant la signature. Après, il est trop tard.

Pourquoi l’inscription pèse-t-elle plus que l’acte ?

Voici la différence qui coûte le plus cher aux acquéreurs français.

En droit français, la vente est parfaite entre les parties dès l’accord sur la chose et le prix (article 1583 du Code civil), et la publicité foncière sert à rendre le transfert opposable aux tiers. La propriété est déjà passée ; la formalité protège contre les tiers.

Au Brésil, le raisonnement est inverse. L’article 1.245 du Code civil dispose que la propriété immobilière ne se transmet entre vifs que par l’inscription du titre au registre foncier compétent.

Autrement dit : l’inscription est le transfert. Avant elle, le vendeur demeure propriétaire au regard du droit.

Les conséquences pratiques :

  • Si le vendeur fait l’objet d’une saisie entre la signature de l’acte et l’inscription, celle-ci atteint le bien.
  • Si le vendeur revend à un tiers qui inscrit avant vous, c’est lui le propriétaire.
  • Le droit brésilien ne connaît pas d’équivalent direct du mécanisme allemand de réservation au livre foncier ; l’intervalle entre l’acte et l’inscription n’est pas protégé.

Il n’y a qu’une conclusion pratique : réduire au minimum le délai entre la signature et l’inscription.

Qu’est-ce que la matrícula et que doit-elle montrer ?

La matrícula est le registre propre à l’immeuble. On en demande un extrait récent, au bureau compétent, et on le lit ligne à ligne :

Ce qu’on lit Ce que cela signifie
Propriétaire actuel Est-ce bien le vendeur ?
Chaîne des propriétaires Comment le bien lui est parvenu
Hypothèques et saisies Des charges qui suivent le bien
Inscriptions de procédures Un litige en cours
Limites et superficie Le bien sur le papier correspond-il au bien sur le terrain ?

Que recouvre réellement l’audit juridique ?

La matrícula n’est que la moitié du travail. L’autre moitié porte sur le vendeur, car ses dettes peuvent atteindre le bien :

  • certificats d’absence de procédures civiles et d’exécution, au domicile du vendeur et au lieu de situation du bien ;
  • certificats fiscaux et certificats des juridictions du travail ;
  • si le vendeur est une société : statuts et pouvoirs du signataire ;
  • quittance de l’impôt foncier communal (IPTU) et des charges de copropriété.

L’objet de cet audit est de savoir si la vente pourrait être ultérieurement annulée comme ayant été consentie en fraude des droits des créanciers.

Un exemple pratique

Un couple belge achète un appartement à Florianópolis. Il réside à Bruxelles et signe par procuration.

La matrícula montre le bien au nom du vendeur, libre d’hypothèque. Mais les certificats du vendeur révèlent une procédure d’exécution en cours dans un autre État. Si la vente se réalise et que le vendeur demeure insolvable, l’acte peut être attaqué comme frauduleux à l’égard des créanciers, même si l’acquéreur est de bonne foi.

La seule lecture de la matrícula ne l’aurait pas montré.

Quels impôts et frais s’appliquent ?

Poste Remarque
ITBI Impôt communal de mutation, sur le prix ou la valeur administrative, la plus élevée
Émoluments du notaire Barème officiel de chaque État
Émoluments du registre foncier Barème officiel ; c’est par là que s’opère le transfert
IPTU Impôt foncier annuel, à vérifier acquitté à jour

Quels documents seront nécessaires ?

Passeport, numéro CPF, procuration si vous ne vous déplacez pas, et les justificatifs du virement bancaire en vue de l’enregistrement du capital étranger auprès de la Banque centrale — ce qui permettra plus tard de rapatrier le produit de la vente en devises par la voie régulière. Ce dispositif se prépare avant le virement.

Quelle est l’étape pratique suivante ?

Avant tout versement, deux documents répondent à l’essentiel du risque : une matrícula récente et les certificats du vendeur. Ils s’obtiennent rapidement, et ce sont eux qui séparent un achat sans histoire d’un litige qui dure des années.

Questions fréquentes

Un étranger peut-il acheter un bien au Brésil sans y résider ?

Oui. L’immeuble urbain est ouvert aux personnes physiques étrangères sans exigence de visa ni de résidence. Il faut en pratique un numéro fiscal brésilien (CPF), un passeport, et la possibilité de signer soi-même ou par procuration. Les restrictions concernent le foncier rural et la bande frontalière, non l’immeuble urbain.

Un étranger peut-il acquérir des terres agricoles au Brésil ?

Dans certaines limites. La loi n° 5.709/1971 plafonne l’acquisition de terres rurales par des étrangers : plafond par acquéreur, plafond cumulé pour l’ensemble des étrangers dans une même commune, et autorisation préalable dans certains cas. Une société brésilienne contrôlée par des étrangers est soumise aux mêmes limites. Ce point se vérifie avant de contracter, non après.

La signature de l’acte fait-elle de moi le propriétaire ?

Non, et c’est la différence la plus coûteuse avec le droit français. En France la vente est parfaite dès l’accord sur la chose et le prix, la publicité foncière servant à l’opposabilité aux tiers. Au Brésil, l’article 1.245 du Code civil dispose que la propriété immobilière ne se transmet que par l’inscription du titre au registre foncier compétent. L’inscription n’est pas une formalité d’opposabilité : elle est le transfert lui-même.

Qu’est-ce que la matrícula et pourquoi est-elle centrale ?

C’est le registre propre à chaque immeuble, tenu par le bureau du registre foncier. Il porte toute l’histoire du bien : propriétaire actuel, chaîne des propriétaires antérieurs, hypothèques, saisies, inscriptions de procédures, limites et superficie. Il faut en demander un extrait récent, directement au bureau compétent. C’est la pièce que l’on lit en premier.

Quels impôts et frais s’appliquent à l’achat ?

Le principal est l’ITBI, impôt communal de mutation à titre onéreux, dont le taux varie d’une commune à l’autre et qui s’assoit sur le prix ou sur la valeur administrative, la plus élevée étant retenue. S’y ajoutent les émoluments du notaire et ceux du registre foncier, tarifés par barème officiel dans chaque État. Ces frais incombent en principe à l’acquéreur, sauf convention contraire.

Pourquoi documenter l’entrée des fonds au Brésil ?

Parce que l’enregistrement du capital étranger auprès de la Banque centrale du Brésil conditionne la possibilité de rapatrier ultérieurement le produit de la vente en devises par la voie régulière. Des fonds entrés sans documentation adéquate sont difficiles à faire ressortir. Le dispositif se prépare avant le virement, non après.

Information de portée générale. Cet article expose le droit brésilien dans ses grandes lignes et ne remplace pas une consultation juridique sur un cas déterminé.

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